Évitez de ramasser en nature!


Comme membre de Flora Quebeca, je vous suggère de ne pas ramasser des plantes ou des parties de plantes en nature, spécialement les plantes avec un statut précaire ou protègées par une loi.

Alpinegium respecte ces lois et nos écrits sont destinés aux botanistes, chercheurs, jardins botaniques et autres institutions de recherche.

Avant d'acheter une plante indigène en centre-jardin, informez vous de la provenance et assurez vous que l'étiquette contient l'information sur sa production.
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31 décembre 2009

Arisaema - petit prêcheur - germination

Cette série d'articles permet de jeter un peu de lumière sur la germination des plantes indigènes du Québec principalement, mais aussi de l'Ontario et du Canada.



Les informations présentées sont destinées à l'initié du jardinage et de la propagation des plantes; la méthodologie de techniques de base n'est pas présentée.Des milliers de tests ont été faits depuis 1982.


La plupart de ces tests ont été faits en dehors de la nature, i.e. en laboratoire, sauf ou l'on mentionne 'en nature'; c'est pourquoi le fait d'exécuter ces tests au Québec a peu d'importance, le but étant de trouver une méthode de germination plus fiable qu'en nature ou l'on a pas de contrôle sur la germination. D'autre part, nos conditions  de germination 'en laboratoire' deviennent une source alternative de réhabilitation d'une espèce menacée. Pour cette raison, il reste beaucoup à découvrir sur la conservation des graines d'espèces en péril. 
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Arisaema triphyllum - germination



(Ce petit article s'adresse aux jardiniers initiés pour qui  la méthodologie et le protocole du semis  sont connus. Comme pour toutes les plantes indigènes, les soins adéquats apportés au graines de la période de la récolte au moment du semis sont le gage de la réussite.)






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Tout commence par les semences!

Vers octobre , les graines mûres sont  réunies en infrutescence que l'on peut appeler 'épi' !


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Voici des semences une fois nettoyées



Chaque baie contient généralement 2 semences qui ressemblent étrangement à son corme (tubercule). Lors de l'égrainage de son épi, il ne faut garder que les semences viables, généralement plus grosses quand on les roule entre 2 doigts. Si la saison à été bonne, il n'est pas rare d'obtenir un compte de 70 semences par épi.


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Voici un semis fait à l'automne que je recouvre de sable!


(Pour moi, l'enlèvement de la pulpe autour de la graine  est facultatif: pour cette espèce, je ne vois pas de différence dans les résultats de germination entre les graines semées avec leur chair et les graines nettoyées de leur chair puisqu'au moment ou je sème (un mois après la récolte, le liquide et la chair contenus dans chaque baie s'est comme évaporée.)
Lorsque, à la récolte, vous séparez chaque graine de sa chair  (albumen blanc), assurez-vous de porter des gants car vous pourriez être allergique au liquide contenu dans la chair autour de la graine.



Je sème souvent sur une plate-bande élevée et extérieure: le sol étant souvent le sol indigène ou il aime pousser. Je recouvre les graines de sable grossier ou de petit gravier (1-5mm de diamètre), ce matériel agissant comme scarificateur de l'enveloppe de la semence lors des gels et dégels du printemps.


J'imite ainsi la nature car vous devez avoir fait l'observation suivante: il y a beaucoup de semis naturels le long d'un ruisseau qui a débordé de ses berges au printemps. Beaucoup de graines et de sable se retrouve aux abords d’une coulée d’eau.. (ceci est aussi typique pour l'Asarum et l'Uvularia). Je recouvre les graines de sable ou de gravier. J'ai commencé cette technique lorsque j'ai remarqué les plus grosses populations de semis d'Arisaema aux endroits ou l‘eau a débordé après la fonte des neiges.


Le semis (regroupement de graines semées) passe l'hiver sous la neige. Je place sur ce semis un moustiquaire de porte surtout pour ralentir les dégâts que peut causer une pluie forte; en même temps, j'interdis aux  oiseaux   l'accès au graines.


Les semences d'Arisaema triphyllum ne sont pas éphémères comme c'est le cas pour la Sanguinaria, Dicentra, Corydalis, ... qui ne doivent pas sécher avant le semis;  vous pouvez donc les laisser sécher  et entreposer à la température de la pièce. Si on les sèment et qu'elles ne lèvent pas en moins d'un an,  elles resteront vivantes dans le sol pour au moins 3 ans car j'ai fait à quelques reprises le décompte des graines  en tamisant la terre dans laquelle elles ont été semées: les résultats indiquent que le compte est le même avec un écart d'environ 5% à la fin des 3 ans qu'au moment du semis,  écart qui peut-être attribué à la viabilité de la semence au moment de l'échantillonnage ou que quelques graines ont été mangées.




 


Le printemps suivant le semis, observez la première feuille percer à travers le sable.
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Le semis à l'intérieur est aussi facile. Laissées en rebord d'une fenêtre à la température de la pièce, les graines germent en 1-2 mois.



Semis dense de la  mi-novembre perçant le février suivant.



Notez que les semis près de la lumière se développent plus rapidement.


 Vers juillet-août, je repique les semis dans un plateau de multicellules que j'enterre au 3/4 avec du sol natif.





Certaines cellules ne contiennent qu'une graine avec une racine; c'est pourquoi on ne voit pas une feuille par alvéole.


Au deuxième printemps, on reconnait la feuille entière.



Regardez de près: certaines cellules contiennent des petits semis qui ont pris 2 ans à germer.


Lors d'une bonne saison pour la croissance optimale de l'Arisaema, c'est-à-dire, une bonne fécondation de tous les ovules, une saison productive, la maturation de toutes les graines,  une récolte au meilleur moment, un nettoyage adéquat des graines suivi d'un entreposage adéquat, un semis bien fait, ... je pense  que les graines semées germeront en 1 à 2 ans à un taux frôlant le 100%. Lors qu'on lit dans la littérature qu'un taux maximal de germination atteint rarement 70%, on peut en déduire que la méthodologie du semis n'est pas selon un protocole 'imitant la nature' ou que l'expérimentation a été faite en serre ou d'une façon qui n'imite pas à 100% le processus naturel.


De façon générale, les graines de l'arisème germent sans aide: comme exemple,  lorsque j'oublie  de ramasser un épi de graines à l'automne, je retrouve au dessus de 60 petits semis autour du plant-mère le printemps suivant.


La mort ou la fonte de jeunes semis: il est faux de prétendre que les jeunes semis meurent plus facilement que les semis plus agés. J'ai suivi des semis pendant 4 ans pour réaliser que le compte est le même qu'au départ.  Cette observation trompeuse vient du fait qu'un jeune semis peut entrer en dormance ,  sa feuille disparaissant, sous l'effet d'un stress plus vite qu'un semis plus vieux. Les causes de stress sont nombreuses: manque d'eau, feuille mangée par la faune, ... au bout de la ligne, la corme sous la surface du sol est toujours vivante puisqu'on l'observera avec une feuille la saison suivante.

Une bonne circulation d'air autour des plantules et plants adultes est essentielle pour éviter qu'une rouille de couleur orange s'installe. Pour prévenir cette condition qui affecterait la culture de l'arisème, j'applique 2 techniques:
je coupe et fait disparaître la partie infectée de la plante peu importe le stade de développement car je sais que la corme émergera avec une feuille la saison suivante. Une fois la partie infectée enlevée, je vaporise le restant de la plante et le sol autour avec de l'alcool à 70%.
- Par prévention, je plonge les semences dans cet alcool au moment du semis. Je fais de même avec les  semis germés lors de leur transplantation.




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Voici d'autres photos prises lors de 22 ans de recherche sur l'arisème..



une semaine après la sortie du sol, le feuillage verdira





Remarquez la densité des semis (2-3 ans) laissés par le débordement d'une coulée d'eau au printemps.

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QUELQUES RÉSULTATS DE GERMINATION:
Quoique j'ai fait des dizaines de semis, je n'ai compilé que quelques résultats.
5 semis ont reçu un traitement au froid (stratification simple). Ils ont été soumis respectivement 12, 20, 20, 20 et 20 semaines de froid à des températures oscillant entre -10°C et + 5°C: les résultats sont les suivants: 98, 200, 187, 190 et 198 jours. Le premier résultat qui a été soumis à 98 jours de froid germe après 14 jours après qu'il fut transféré au chaud à 20°C.
D'autre part, les semis qui n'ont pas subi une période de froid germèrent respectivement après 88 et 56 jours à une température oscillant entre 18° et 23°C,


La présence de la lumière durant le jour facilite  la germination. Les semis qui ont reçu la lumière pendant le jour et la noirceur pour la nuit ont mieux germé  que ceux qui recevait soit de la lumière constante ou de la noirceur en tout temps.




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A part le semis de l'arisème, je pratique une autre méthode de propagation: l'incision basale
cotation: L'université du North Dakota décrit cette méthode comme suit:


Scoring can be done by making three v-shaped cuts through the basal plate creating six pie-shaped sections. These cuts will destroy the main growing point and should reach just below the widest point of the bulb. The bulbs can be placed in a warm, dark place at high humidity for a few months. Scoring will produce 12-25 bulblets from the mother bulb. The bulblets can be planted in the fall and should sprout in spring. It usually takes scored bulblets 3 years to reach a good size bulb and flower.

Dessin par:  University of North Dakota


Scarifier par incision: Je pratique une variante de cette technique: au lieu de scarifier ou d'enlever le dessus du tubercule, je fais une incision en dessous, sur toute sa longueur et à une profondeur de 1-3mm de la surface.


Résultats: le printemps suivant (le 20 avril en zone 4), des tiges pointent.



2 semaines plus tard, les tiges se développent.



















Notez qu'à partir de 12 cormes scarifiées, on obtient immédiatement 16 tiges. 4 autres tiges se développeront au cours de l'été, portant le compte à 20 tiges pour 12 cormes scarifiées.










Voici un Arisaema triphyllum à 2 tiges.


Notez qu'à partir de 12 cormes scarifiées, on obtient immédiatement 16 tiges. 4 autres tiges se développeront au cours de l'été, portant le compte à 20 tiges pour 12 cormes scarifiés.





Voici un Arisaema triphyllum à 2 tiges.




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LE FORÇAGE D'INTÉRIEUR

Pour préparer un plaisir des fêtes de Noël, empotez des cormes vers août ou septembre et gardez les au frais (-4°C to +5°C) - ou tout simplement dans la neige lorsqu'elle arrive. Autour du 10 de décembre, amenez le pot au chaud à 20-25°C. Voici un beau cadeau en fleur que vous vous faites.





(Si vous sortez de terre les cormes en été, et que vous les gardez au sec sur une tablette, un peu comme pour la tulipe, empotez les le premier de décembre pour obtenir le même résultat. N'utilisez que les cormes ayant un diamètre d'au moins 3/4 de pouce ou près de 2 cm.)

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18 décembre 2009

Plantes à feuillage

Il y a pas si longtemps, en octobre, ce feuillage n'avait pas peur de la venue de l'hiver!

Aeonopsis calubica

(alias Bukniczia cabulica)



Depuis 2 ans, cette plante a passé l'hiver en Zone 4, d'autres la cultive avec succès en Zone 3 (Arundel)